La fabrication de répliques d'instruments antiques
Pour faire revivre le patrimoine musical de l’Antiquité, il était indispensable de reconstruire des instruments grecs et romains à l’identique de ce qu’ils étaient, instruments aujourd’hui sans parallèle connu dans l’orchestre moderne.
Après un minutieux travail de collation de toutes les sources dont on pouvait disposer (textes grecs et latins, iconographie, mais aussi vestiges d’instruments), Annie Bélis s’est adressée à partir de 1987 au luthier vosgien Jean-Claude CONDI, pour fabriquer d’abord des lyres grecques, heptacorde et octacordes, puis, en 1991/1992, deux cithares de concert et deux percussions, un grand tympanon, et une kroupeza, curieux instrument formé de deux cymbales et actionné par le pied. Il a également fabriqué un aulos traversier en ébène à bagues d’argent, d’après un instrument découvert dans une tombe de la nécropole d’Halicarnasse, daté du IIIe s. avant notre ère, et d’après des têtes de traversières mises au jour à Corinthe et à Délos, datées du Ier siècle.
Depuis 1995, le luthier parisien Carlos GONZALEZ travaille sur les instruments à cordes d’époque romaine : il a réalisé un luth romain, d’après un instrument du IIe/IIIe s. ap. J.-C, découvert dans la sépulture d’une prêtresse du culte d’Antinoos, et une réplique de la grande cithare romaine à 14 cordes de l’époque de l’empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C), non pas d’après des vestiges (il n’en existe pas), mais d’après des statues monumentales en marbre d’Apollon citharède conservées dans différents musées européens.
Afin de compléter l’instrumentarium de l’Ensemble Kérylos, qui comporte à ce jour une quinzaine d’instruments, sont en cours de fabrication plusieurs instruments grecs du Ve siècle avant notre ère. Jean-Claude CONDI réalise en particulier une cithare élégante, à caisse arrondie, dont jouaient les femmes, ainsi qu’un barbiton, sorte de grande lyre dont les bras se terminent en col de cygne. Enfin, un aulos double est en cours de fabrication.
Chacun des instruments fabriqués est ainsi, pour la première fois au monde, réalisé en exacte conformité avec les sources antiques, exhaustivement répertoriées et analysées : matériaux, formes, proportions, accessoires tels que baudrier et plectre : tout est à l’identique de ce qui se faisait dans l’Antiquité. Jean-Claude Condi s’est efforcé de ne recourir à aucun outillage moderne. En bonne méthode, il a fabriqué lui- même ses propres outils et s’en est servi comme aurait pu faire un λυροποιός grec ou romain.
Lorsque les informations font défaut, des solutions techniques sont à trouver, dans l’esprit et avec les moyens dont disposaient les luthiers grecs et romains. C’est tout à l’honneur de Jean-Claude Condi et de Carlos Gonzalez d’avoir su retrouver et comprendre, lorsque les sources antiques étaient muettes.
Commencée en 1987, cette entreprise de résurrection des instruments grecs et romains n’a jamais cessé d’évoluer et se poursuit encore. C’est ainsi que grâce à leur ingéniosité et à leur talent, des luthiers, nourris par des travaux archéologiques rigoureux et précis, ont pu restituer le timbre et les sonorités d’instruments oubliés, restés silencieux durant 20 à 25 siècles.
