Exclusivement composé de partitions venues de l’Antiquité grecque et romaine, le répertoire de l’Ensemble KÉRYLOS comporte aujourd'hui 18 partitions, vocales et instrumentales, d’une surprenante diversité, composées par des musiciens tout aussi divers, sur une période de huit siècles.

Le sauvetage miraculeux d’un patrimoine musical

Écrites il y a vingt à vingt-cinq siècles, ces partitions nous ont été transmises par des papyrus, par des inscriptions ou encore par des manuscrits médiévaux et byzantins. On en compte aujourd’hui plus d'une soixantaine, parfois très délabrées, mais quelques-unes remarquablement conservées. Les plus étendues et les plus prestigieuses sont les deux Hymnes à Apollon pour chœur d’hommes et instruments, gravés au IIe s. av. J.-C. dans le marbre du Trésor des Athéniens à Delphes.

Quelle que soit leur date, toutes ces partitions utilisent les deux mêmes systèmes de notation musicale, l’un réservé aux pièces vocales, l’autre aux morceaux instrumentaux. Leurs signes dérivent des lettres de l’alphabet grec ionien, reprises telles quelles ou altérées, ou déformées. Grâce aux 45 tables que compte le traité du musicographe Alypius, actif vers 360 de notre ère, nous connaissons depuis le XVIe siècle, dans tous leurs détails, ces systèmes de notation, aussi complexes que précis, et nous sommes aujourd’hui en mesure de transcrire sans aucun risque d’erreur chacune des partitions grecques sauvées du naufrage des siècles. Les transcriptions ont été réalisées par Annie Bélis à partir des documents originaux.

Des œuvres célèbres, préservées dans toute leur diversité

Recopiées sur de coûteux papyrus ou inscrites dans le marbre, ces œuvres restituées dans leur authenticité par l’Ensemble KÉRYLOS appartenaient toutes au plus grand et au plus noble répertoire. Ou bien il s’agit de pièces religieuses solennelles, ou bien de « morceaux de concert » écrits pour les récitals donnés par les virtuoses, ou bien d’extraits de compositions de grande ampleur (tragédies, dithyrambes) le plus en faveur auprès du public : c’est le cas des deux chœurs d’Euripide, écrits à la fin du Ve s. avant notre ère, que les Grecs et les Romains aimaient particulièrement, et du spectaculaire final de l’Ajax furieux, un dithyrambe composé vers 360 av. J.-C. par Timothée de Milet, le Stravinski des Grecs. L’une des pièces les plus remarquables est un extrait de Médée de Carcinos le Jeune, transmis par un papyrus du Musée du Louvre découvert et identifié en novembre 2003.

À côté des partitions les plus poignantes, les pièces instrumentales sont, elles, pleines d’allant, et laissent libre cours à la virtuosité de l’interprète.

Les quatre œuvres pour voix et pour cithare de Mésomède de Crète, compositeur attitré de l’empereur Hadrien (117-138 ap. J.-C.) montrent deux aspects opposés de la musique antique : d’un côté l’équilibre et la juste mesure d’une inspiration intimiste, de l’autre, la frénésie et l’excès d’un effrayant Hymne à Némésis, l’implacable déesse de la Vengeance.

La pièce la plus « tardive » est une Hymne à la Trinité anonyme, datable du IIIe/IVe siècle, toujours en notation grecque, mais qui préfigure déjà la musique d’Église.

Les premières découvertes

Jusqu’au dernier quart du XIXème siècle, on ne connaissait qu’un ensemble de quatre œuvres, dont deux très courtes qui ne sont sans doute que des préludes à des hymnes plus étendus, l’un au Soleil, l’autre à Némésis. Transmises par des manuscrits du XIIIème au XVIème siècle, leur authenticité pouvait être mise en doute et l’on savait, quoi qu’il en soit, qu’elles n’étaient attribuables au mieux qu’à un compositeur mineur : Mésomède de Crète, ami et musicien officiel de l’empereur Hadrien, dont les activités se poursuivirent, malgré sa paresse notoire, sous le règne d’Antonin le Pieux. En 213, Caracalla lui lit élever un somptueux cénotaphe, en hommage à son œuvre de citharède et de compositeur.

C’était un bien mince patrimoine qui avait ainsi survécu d’une musique pratiquée avec ferveur et assiduité pendant près de dix siècles. Profondément déçus de ce naufrage presque complet, certains érudits savants mais indélicats, eurent l’idée de propager de fausses partitions antiques de leur invention, dont la plus réussie et la plus spectaculaire (longtemps tenue pour authentique, jusqu’à ce que l’on comprenne que le prétendu manuscrit de Messine resterait à jamais introuvable) est la première Ode Pythique de Pindare, controuvée par un Jésuite, honorable correspondant de Leibniz, le Père Athanase Kircher, qui le publia en 1650. Tant qu’à produire des faux, autant viser haut, puisque des plus grands compositeurs grecs, ceux-là dont les Anciens révéraient le génie musical – Eschyle, Euripide, Timothée de Milet, Aristophane – pas une seule note n’avait survécu. Mais le dernier quart du siècle devait se montrer riche en trouvailles déterminantes.

Les œuvres du répertoire

Quelques extraits vous sont proposés à l'écoute. Afin de pouvoir lire ces extraits, vous devez avoir installé Flash Player sur votre ordinateur. Si vous ne l'avez pas déjà, vous pouvez le télécharger sur le site d'Adobe.

  • ANONYME

    Fanfare d’appel aux armes (fin du VIe s. av. J.-C.)

    pour trompette (salpinx).

    Épinétron à figures noires du Musée d’Éleusis, inv. n° 907

  • EURIPIDE

    Oreste (408 av. J.-C), strophe et antistrophe

    pour voix, aulos traversier, cithare et kroupeza

    papyrus inv. n° G2315 de l’Österreichische Nationalbibliothek de Vienne (fin du IIIe s. av. J.-C).

  • EURIPIDE

    Iphigénie à Aulis (405 av. J.-C), épode

    pour voix et lyres

    papyrus de l’Université de Leyde, inv. n° 510 (milieu du IIIe s. av. J.-C).

  • TIMOTHÉE de MILET

    final du dithyrambe Ajax Furieux (vers 360 av. J.-C)

    pour voix et cithare ou aulos

    Papyrus de Berlin n° 6870 (vers 160 ap. J.-C)

  • CARCINOS le Jeune

    Arias de Médée (vers 380-360 av. J.-C.)

    pour basse et baryton (ENREGISTREMENT INEDIT)

    Papyrus du Louvre inv. E 10534 (IIe s. ap. J.-C.)

  • ATHÈNAIOS, fils d’Athènaios

    Péan et hyporchème en l’honneur du dieu Apollon (128 av. J.-C.)

    pour chœur d’hommes et tympanon

    Inscription de la face Sud du Trésor des Athéniens à Delphes

  • LIMÈNIOS, fils de Thoinos

    Péan et prosodion en l’honneur du dieu Apollon (128 av. J.-C)

    pour chœur d’hommes, cithares et tympanon

    Inscription de la face Sud du Trésor des Athéniens à Delphes

  • ANONYME

    Fragments instrumentaux de Contrapollinopolis

    pour cithare tympanon et kroupeza

    Papyrus de Berlin n° 6870 (vers 160 ap. J.-C)

  • ANONYME

    Orestie

    pour chœur d’hommes et cithares

    Papyrus de l’Université du Michigan inv. n° 2958 (vers 170/175 ap. J.-C)

  • SEIKILOS

    Chanson, inscription funéraire du milieu du IIe s. ap. J.-C

    pour voix, cithare et lyre

  • MÉSOMÈDE DE CRÈTE

    Prélude à une Muse (sous le règne de l’empereur Hadrien, 117-138 ap. J.-C)

    chant solo et lyre

    divers manuscrits du XIIIe au XVIe

  • MÉSOMÈDE DE CRÈTE

    Prélude à Calliope et à Apollon (sous le règne de l’empereur Hadrien, 117-138 ap. J.-C)

    chant solo et lyre

    divers manuscrits du XIIIe au XVIe

  • MÉSOMÈDE DE CRÈTE

    Hymne au Soleil (sous le règne de l’empereur Hadrien, 117-138 ap. J.-C)

    chant, cithares, lyre et luth romain

    divers manuscrits du XIIIe au XVIe

  • MÉSOMÈDE DE CRÈTE

    Hymne à Némésis (sous le règne de l’empereur Hadrien, 117-138 ap. J.-C)

    chant solo et lyre

    divers manuscrits du XIIIe au XVIe

  • MÉSOMÈDE DE CRÈTE

    Péan à Apollon (sous le règne de l’empereur Hadrien, 117-138 ap. J.-C)

    pour chœur d’hommes et cithares (ENREGISTREMENT INEDIT)

    Papyrus de Berlin inv. n° 6870 (vers 160 ap. J.-C.)

  • ANONYMES « DE BELLERMANN »

    exercices instrumentaux pour cithare solo (IIIe ap. J.-C)

    transmis par divers manuscrits du XIIIe au XVIe siècle

  • ANONYME

    Incantations magiques

    sur amulette en plomb, inscriptions et papyrus de diverses provenances (IIe/IIIe s. ap. J.-C.)

  • ANONYME

    Hymne à la Trinité

    pour voix et instruments à cordes

    Papyrus d’Oxyrhynchus n° 15.1789 (fin du IIIe s. ap. J.-C.)

Le CD de l'ensemble Kérylos

Pour la première fois, un CD présente au public une restitution rigoureuse de ce qu'étaient les musiques profanes ou religieuses de l'Antiquité grecque et romaine. Fruit d'un double travail scientifique et artistique de longue haleine, il a pour visée principale l'authenticité. Pour ce faire, Annie Bélis a scrupuleusement transcrit les partitions antiques, à la note près. De plus, les instruments sont des fac-similés exacts de leurs modèles anciens. De la sorte, ces partitions seront entendues aujourd'hui à l'identique de ce qu'elles furent à l'époque où elles ont été écrites.